La magie noire d’Arcade Fire opère toujours, mais elle est reléguée au second plan dans The Suburbs. Ce troisième album est plus accessible et s’inscrit dans un registre pop-rock moins sombre et envoutant que sur Funeral et Neon Bible. Heureusement, le groupe québécois mené par le couple Win Butler et Régine Chassagne reste un formidable orchestre qui offre une puissance sonore rare à ses morceaux.
Le premier single, The Suburbs, commence joyeusement à la façon de Thomas Fersen avant que ne s’élève le son du violon. Ce dernier nous rattache aux racines d’Arcade Fire. Vous l’aurez compris : ce n’est pas No Cars Go, une chanson emblématique – figurant sur le premier EP du groupe avant d'être repris en 2007 – qui envoyait une décharge de frissons, glaciale et paralysante, mais on en reste proche.
S'inscrivant une dynamique plus positive et énergique (Ready To Start, Empty Room, Month Of May), ce groupe décidément majeur nous apporte une nouvelle fois son lot d'émotions. (N.B.) The Suburbs - Barclay
Dans le Liverpool des Beatles, les cinq membres de The Coral sont encore ceux qui représentent le mieux la pop anglaise des années 60. Très actifs, ils sortent cinq albums entre 2002 et 2007. Butterfly House, le sixième donc, est le plus abouti de tous. La bande à James Skelly a travaillé avec John Leckie, producteur anglais connu pour ses contributions avec John Lennon, Paul Mc Cartney, Pink Floyd et plus récemment, The Verve et Radiohead. Résultat : un rock mélodique et des chants qui sentent bon la route du soleil. Un chemin agréable, long de douze titres où l’on croise quelques bons souvenirs tels que les Beach Boys ou les Walker Brothers. (N.B.) Butterfly House – Cooperative / PIAS
À Akron, dans l'Ohio, les groupes ne font jamais rien comme les autres. On se souvient notamment de Devo, et même si les Black Keys évoluent dans un registre bien différent, ils partagent cette manière singulière de s'appuyer sur le passé pour alimenter leur propre modernité : Dan Auerbach et Patrick Carney restituent au blues-rock la ferveur des origines, tout en ayant une oreille grande ouverte sur la musique de leur temps, comme en témoigne le projet hybride Blackrock auquel ils ont contribué aux côtés de Mos Def, Q-Tip et RZA. Après cette expérience exceptionnelle, ils reviennent aux sources avec une conviction renforcée. (E.A.)
Nous est-il encore possible d'affirmer la moindre objectivité les concernant ? Nous aimons John & Jehn depuis le double single paru au début de l'année dernière. Là, avec ce premier album, les esprits chagrins se plaignent déjà d'une orientation nettement plus FM qui rappelle quelques tentatives franchement new wave du début des années 80. On les accuse d'avoir vendu leur âme au diable, mais pourquoi résister à tant de savoir-faire mélodique ? Une ligne de basse envoûtante empruntée au répertoire de Serge Gainsbourg, un clavier à la Wire, le timbre batcave de Peter Murphy et puis... Jehn ! Si ce n'est le temps d'une damnation délicieuse, ça y ressemble bien. (E.A.)
Nous l'avions laissé en pleine "slow dance" lascive, à guetter la minette échouée en fin de soirée, mais Jeremy Jay a repris du poil de la bête. Le voilà de retour en grande forme, le plus francophile des artistes romantiques américains ! Si ce troisième opus, un tantinet plus électrique, se situe dans la continuité des précédents - plus de véritable effet de surprises, malheureusement -, on s'y attache avec la même ferveur, persuadés de tenir là le songwriter qui, à mi chemin entre Jonathan Richman et la pop 70's mutante des premiers Brian Eno, satisfait quelques uns de nos fantasmes les plus tenaces. (E.A.)
La nouvelle tombe parfois au détour d’une rencontre : c’est la destinée des disques d’exception que de se révéler à nous par tous les moyens qui s’offrent à eux. Ceci dit, d’être signé chez Warp, ça facilite parfois les choses, mais ce gourou d’une secte à créer, perdu au fond de sa caravane, près de Las Vegas, au cœur du Nevada, ne doit en avoir cure. Seul lui importe de poser sur la bande les fragments de sa pensée (dé)connectée : blues céleste, ethno-folk, hip hop blanc, easy listening de fonds de tiroir et punk primal. Tout y passe, un peu comme si Captain Beefheart s’enfilait le bon vieux Screeming Jay Hawkins, au détour d’une exposition vaudou, sans lui demander la permission. On pense également au Frank Zappa 60’s, aux débuts folk expérimentaux de Beck ou au Drukqs d’Aphex Twin pour le brio. Avec Dieu pour source d’inspiration, nul doute qu’on retrouve ce lunatic crucifié au firmament des artistes de légende d’une décennie qui ne fait que commencer. (E.A.)
Désormais au sommet de la hype, les MGMT semblaient voués à reproduire le hold-up d'Oracular Spectacular. Si leur premier album se basait sur l'efficacité de leurs riffs de synthés, ils font ici preuve de bien plus d'audace et de complexité. Disons-le, ce Congratulations est complètement fou : pas de réels tubes comme Time to pretend, ou Electric Feel ; non, cet album est un laboratoire, où nos deux génies expérimentent, tentent tout (et ratent parfois) ; ils se permettent même une pochette affreuse, finalement à l'image de leur musique : inattendue, réfractaire à toute tendance, et diablement psychédélique ! Ainsi, on ne s'étonnera pas qu'ils citent les Thirteenth Floor Elevator parmi leurs influences. Mais ce grand disque malade évoque aussi les Mammas and Papas, surfe en eaux troubles aux côtés des Beach Boys, et invoque l'esprit des vieux films déjantés de la Hammer, tant il semble, comme eux, hanté... (M.R.)
Bien avant Pete Yorn avec Scarlett Johansson, M. Ward avait déjà eu l’excellente – et lucrative – idée de faire chanter ses compositions par une actrice gâtée par la nature. Zooey Deschannel est certes moins connue que Scarlett, elle n’est pas moins jolie en revanche. Elle est surtout dotée d’un joli brin de voix qui convient parfaitement aux orchestrations sunshine-pop concoctées par M. Ward. Nous l’avions constaté avec bonheur sur Volume One, publié en 2008, avec 13 chansons vintage pour autant de tubes. Aujourd’hui, ils réitèrent cette performance de haut vol avec des mélodies acidulées qui rappellent toujours autant les Ronettes, mais qui sont cette fois-ci toutes écrites par Zooey. (T.L.)
Quel chemin parcouru par Kieran Hebdan depuis ses premières expériences en tant que guitariste au sein du groupe post-rock londonien Fridge ! Avec un sens inné de la déconstruction mesurée, cet artiste incomparable impose une electronica pleine de sensualité, délicate et en rupture permanente, comme une évidence esthétique. Il le niera sans doute lui-même, mais il se situe clairement comme le digne héritier des pionniers afro-jazz des années 70, Pharoah Sanders ou Sun Ra, tout en lorgnant du côté de musiques plus conceptuelles et minimales. (E.A.)
Décidément, la scène de Brooklyn nous livre aujourd’hui ses plus beaux fleurons. Nous attendions avec une certaine impatience le second album de Yeasayer, un quartet dont on avait pu apprécier en 2008, aussi bien sur scène que sur disque, l’étonnant esprit d’aventure. Dès la première écoute, Odd Blood confirme tout le bien qu’on pensait de la formation : tout en empruntant des voies plus pop, ce disque surprend par cette maîtrise d’une forme particulière de déstructuration, groovy et sexy, qui joue sur les accumulations vocales et rythmiques. On retrouve ici tout ce qui a fait l’essence de l’avant-garde des années 70, celle de Brian Eno notamment, avec cette recherche d’un son qui puise sa source dans l’électronique et les musiques du monde, tout en s’inscrivant dans la lignée des grands compositeurs contemporains américains, John Cage, Steve Reich et bien d'autres. Quoi qu’il en soit, ils viennent de placer la barre très haut, écartant en toute humilité toutes les tentatives psychédéliques récentes de la weird american scene. Leurs amis de MGMT, dont l’album Congratulations sort le 12 avril, doivent relever le challenge. La compétition – dans ce cas-là, on parlera d’émulation réciproque ! – est engagée. (E.A.)
Les cassettes sont-elles notre mémoire ? Il faut croire que celles de Dayve Hawk alias Memory Tapes, étrange producteur et remixeur de Philadelphie, renferment une partie de ce nous avions presque occulté des années 80 : derrière une electronica très élégante, ressurgissent des sonorités occultées, qui ont fait le charme de bon nombre de groupes aériens du début des années 80, ceux de la Factory bien sûr, mais aussi des Disques du Crépuscule, avec cette touche de disco blanche, bancale, si propre à ceux qui aimeraient s’engager dans la danse sans y parvenir. (E.A.)