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On croit son art très éloigné de toute considération spirituelle, et pourtant la croix peinte qu’il a réalisé pour le Temple protestant à Mutzig offre un éclairage surprenant sur le travail de Christophe Meyer. |
Les relations qu’entretiennent l’art contemporain et la foi chrétienne restent parfois obscures, les paroisses se satisfaisant généralement d’une iconographie veule. En faisant appel au peintre strasbourgeois Christophe Meyer pour la réalisation d’une grande croix derrière l’autel du Temple protestant à Mutzig réhabilité en 2008, le pasteur Jacky Lorentz a fait le pari d’une vraie réflexion sur la place de l’œuvre d’art dans l’espace religieux. « Dans une église, le chemin qui nous conduit vers l’autel n’est pas celui de l’indéfini », nous explique-t-il avec conviction, insistant sur la nécessité de commander des œuvres avec « une identité forte », comme ce vitrail réalisé par Thierry Ruhlmann pour l’escalier qui donne accès à l’étage.
En acceptant de réaliser cette croix, Christophe Meyer en a surpris plus d’un, mais certains se souviennent qu’il avait déjà abordé des thématiques religieuses avec une série de Pietà. « C’est drôle, nous avoue-t-il troublé, mais j’avais oublié ces tableaux. On ne fait pas forcément le lien, mais les premières figures sur lesquelles j’ai travaillé ont une vocation cultuelle. Il y a quelque chose qui a émergé là qui m’a toujours fasciné. » L’évocation d’un souvenir très marquant d’une reproduction du Retable d’Issenheim – « la seule peinture visible à la maison » –, avec sur l’un des panneaux la présence de Saint Jean Baptiste habillé d’une peau de bête, donne un éclairage surprenant sur le travail qu’il mène depuis ses débuts.
Ce qui surprend devant cette croix monumentale, constituée d’une trentaine de petits panneaux interchangeables, c’est la grande diversité des techniques utilisées et la forte tonalité colorée. « En poussant les limites de la peinture acrylique, j’arrive à des effets chromatiques étonnants. Sur des petites surfaces, j’ai tenté d’impulser une grande profondeur et un mouvement, en évitant les écueils de l’expressionnisme abstrait. J’ai cherché à explorer les notions de pulsation et de fluidité. » Et de rappeler que le premier signe de ralliement des Chrétiens « à leur époque underground » était le poisson. Il résulte de sa démonstration très cultivée une émotion particulière qui inscrit son œuvre dans la lignée des grands programmes tels qu’ils étaient pensés pour les commandes artistiques de la période du Moyen-Age jusqu’à la fin du Baroque. Avec ses effets de lumière et ses variations de couleur, la croix matérialise la Passion du Christ, mais ne présente rien de funèbre, bien au contraire. Elle signifie visuellement la Résurrection possible, et renoue ainsi avec la tradition iconographique pluriséculaire.
Par Emmanuel Abela
La Croix de Christophe Meyer, dansle chœur du Temple protestant, rue de l'hôpital à Mutzig
Article publié dans Novo n°3
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