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Séduite par la situation de Strasbourg, Bettina Klein, la jeune commissaire d’exposition berlinoise invitée au CEAAC entame un cycle de deux saisons annuelles. Elle nous fait la visite de la première des 6 expositions qu’elle initie dans l’espace très inspirant, rue de l’Abreuvoir. |
Marieta Chirulescu
« Le travail de cette artiste roumaine est un peu le point de départ de l’exposition. J’ai remarqué que depuis quelques années, beaucoup de jeunes artistes travaillaient avec des techniques photographiques anciennes, à un moment où l’on constate la disparition au quotidien de l’argentique au profit du numérique. Ce qui est intéressant, c’est que ces artistes vont au-delà de la citation nostalgique. Dans leurs œuvres, il y a des traces analogiques, et puis il y a des simulations de ces traces. La simulation de la preuve telle que l’entendait Roland Barthes.
À l’origine, Marieta est peintre. À partir des photos privées qu’elle reprend de son père, des magazines ou des reproductions d’art, elle propose un traitement informatique, des agrandissements de scans notamment, qui jouent sur la texture du papier et des effets de surexposition. Le tout rend la lecture incertaine, et interroge la faute provoquée par la limite de la technologie. »
Alexander Gutke
« Avec cet artiste qui nous vient de Malmö, on se situe dans quelque chose à la fois d’analogique et de numérique. Alexander scanne un bout de film vierge qu’il retravaille afin de superposer plusieurs couches d’images. On voit apparaître les rayures qui correspondent à ce qui se dépose sur le film vierge, puis tous les éléments qui correspondent à ses interventions ultérieures. L’inspiration vient ici d’une projection de Blow Job (1963) d’Andy Warhol. Comme Alexander a eu tendance à s’ennuyer, il a fixé le mur sur lequel est adossé le personnage filmé, il y a vu des traces qu’il a souhaité isoler. Il les sort de l’illusion du film pour créer une nouvelle illusion, qu’il décrit comme une promenade dans une forêt de celluloïds endommagés. »
Josh Brand
« Josh Brand est le plus jeune des artistes exposés. Dans son appartement, il dispose du papier photographique qu’il laisse pendant un certain temps. Il y a tout un jeu sur le hasard pendant la période d’exposition, au cours de laquelle des objets peuvent être posés sur le papier. Il obtient des photogrammes uniques, à la surface desquels il se permet d’intervenir, avec des rayures très fines ou des incisions plus marquées.
Ses travaux rejoignent ceux qu’interroge Gottfried Jäger, un théoricien de la photo, dans son ouvrage Konkrete Fotografie à partir de l’idée d’une photographie non représentative, qui ne montre plus que la couleur, la lumière et le procédé. Ce qui me semble intéressant c’est de faire la distinction entre abstraction et concrétion. Nous ne sommes pas en présence d’images qui partent de la représentation pour atteindre un certain niveau d’abstraction, mais ce sont des images qui concrétisent véritablement la mise en forme d’une idée. »
Michael Snow
« Cette œuvre-là se réfère à Wavelength (1967), avec des photogrammes du film, et présente du matériel de projection. On est face à une projection de diapositives qui montre ses propres moyens : la mise en abîme montre la diapositive physiquement présente dans l’image et l’image du mur projeté sur un autre mur. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’exposition ne s’articule pas autour de Michael Snow, c’est justement le contraire : les œuvres de Marieta, d’Alexander ou de Josh m’ont rappelé le travail qui a été mené par les photographes conceptuels dans les années 60 et 70 et j’estimais qu’il était bon de les mettre en rapport. »
Par Emmanuel Abela // Photo : Klaus Stöber
Courtesy Herald St, Londres
La Preuve Concrète, jusqu’au 31 janvier au CEAAC
03 88 25 69 70 – www.ceaac.org
Article paru dans Zut ! #4 (hiver 2009)

CEAAC, un rayonnement nouveau
En invitant des commissaires d’exposition sur une période de deux saisons annuelles, avec une option pour une troisième année, le CEAAC s’engage sur la durée dans une politique d’exposition nouvelle, qui favorise le rayonnement des artistes régionaux. Évelyne Loux, secrétaire générale, resitue les enjeux.
« Au CEAAC, nous avons décidé de faire appel à des commissaires d’exposition invités afin de donner une autre dimension à nos activités. On nous pose la question du fait que de se priver de la possibilité de montrer les artistes de la région, ce à quoi nous répondons que ça permettra justement aux artistes de la région de rencontrer des commissaires qui leur proposeront d’exposer ailleurs. Nous continuons d’avoir un regard, une attention particulière tournée vers la scène régionale, par le biais de notre activité d’échanges internationaux : nous essayons de faire rayonner, non pas ici, mais ailleurs. »

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