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The Lady, nous raconte l’histoire d’un amour incroyable entre Aung Suu Kyi et Michael Aris. Ces deux êtres sont liés à tout jamais autour de la même cause, la lutte pour la démocratie en Birmanie. L’isolement, la séparation, l’inhumanité, rien ne les fera vaciller. Cette femme est devenue aujourd’hui un symbole, un modèle, elle a sacrifié son bonheur personnel pour son peuple. Luc Besson nous raconte comment il ressort métamorphosé de la réalisation de ce film. |
Pourquoi avoir choisi de réaliser cette histoire vraie, qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario et dans la réadaptation que vous avez faite ?
Michelle Yeoh m’a amené le scénario en me demandant des conseils de production, en me disant que, bien sûr, si j’avais envie de le mettre en scène il n’y avait pas de problème. Je lui ai expliqué que j’étais très occupé mais que je voulais bien l’aider. Puis, j’ai lu le scénario et j’ai pleuré en le lisant. J’ai eu une réaction assez animale en me disant je veux faire ce film. J’ai annulé tout ce que j’avais prévu pour les prochains mois et j’ai fait ce film.
Je suis tombé amoureux de ce script comme on tombe amoureux d’un homme ou d’une femme. J’ai compris un peu après pourquoi ; c’est à cause de ce manque de repère dans la société d’aujourd’hui : une société qui s’effrite, les scandales politiques, économiques, sportifs, religieux se répètent. On se demande quelle est la vraie nature de l’Homme ? Et on rencontre Aung San Suu Kyi, on se dit : « voilà un bel être humain ». J’avais envie qu’on le sache.
Vous connaissiez déjà l’histoire de cette femme avant ou l’avez-vous découverte en même temps que le scénario ?
Je pense que je la connaissais un peu comme tout le monde, mais je devais connaître à peine 10 % de sa vie. J’avais suivi l’affaire de la traversée à la nage de l’Américain qui lui ont valu trois ans de prison supplémentaire alors qu’elle n’avait rien demandé.
Justement par rapport à cet événement, quand vous avez fait le film, vous n’avez pas eu peur qu’on lui rallonge sa peine, étant donné qu’elle n’était pas libérée au moment où vous avez commencé le film ?
C’était un risque. Mais j’ai toujours essayé de garder de la distance, de la dignité par rapport à son histoire. Dès le départ c’était très clair, Aung San Suu Kyi n’a pas lu le script, n’a pas participé au film, elle ne nous a jamais demandé de faire le film et n’a jamais participé en aucune façon au film. Donc, on ne peut rien lui reprocher. La seule chose qu’elle a dit un jour dans les journaux c’était « utilisez votre liberté pour parler de la nôtre » sous la forme d’un appel aux artistes du monde entier. Une manière de leur dire : « nos artistes n’ont pas le droit de s’exprimer, exprimez-vous à leur place. » D’où une chanson de Bono, d’où un film de moi…
En faisant ce film pensez-vous que les médias vont se réintéresser à la situation de la Birmanie qui est un peu oubliée aujourd’hui ?
C’est un problème de lumière, vous savez c’est plus facile de faire un larcin dans le noir. Ces militaires tant que leurs actes sont exécutés dans le noir, ils continuent de faire ce qu’ils veulent. Quand ils sont en pleine lumière ils ont déjà un peu plus de mal. Mais certains pays appliquent déjà des sanctions économiques, certaines sociétés refusent de travailler avec la Birmanie. Et puis les artistes amènent quelque chose de supplémentaire au combat, ils apportent l’émotion. Ce n’est pas toujours facile de marquer les gens avec des chiffres, des lois, des mots. Amnesty International et Human Rights Watch soutiennent le film. Eux, ça leur plait d’avoir un outil émotionnel dans leur palette, ils n’ont que des chiffres et des rapports, ils ont besoin d’attendrir les gens. Le but du film c’est surtout de les alerter sur la situation de la Birmanie. J’aimerais qu’en sortant de la salle de cinéma, ils se rendent sur le net pour trouver des infos, en savoir plus sur le pays.
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Votre film fait-il écho à ce qui se passe aujourd’hui, les révoltes à travers le monde ? C’est l’ensemble de toutes ces actions qui fait écho, c’est ça qui est formidable. Ça fait 20 ans que la lumière a été mise sur la Birmanie, d’abord avec le prix Nobel en 1991, mais même ça, au bout d’un moment ça s’estompe. Maintenant le film va sortir dans 80 pays, il va passer au cinéma, quatre mois plus tard il sortira en DVD partout, et un an après il sera à la télé, et quand il sera passé à la télé il repassera sur les écrans. La junte militaire ne pourra pas nous enlever le film des étagères. Il va falloir qu’ils vivent avec... Ce film est une réelle prise de conscience à plein de niveaux, la démocratie, la liberté d’expression, on se rend compte qu’on ne peut plus se plaindre… Aujourd’hui les ados ne sont jamais satisfaits. J’ai aussi envie que les parents emmènent leurs enfants. Pour l’instant, on a eu quelques réactions de jeunes gens qui me disent : « Je savais pas, le film m’a ouvert les yeux ». Il sert aussi à ça le film. C’est très doux, c’est une jolie femme dans un beau pays et en même temps ce qu’on lui fait subir est affreux. On exerce sur elle une pression odieuse, vicieuse, et on joue avec les visas, le sien, celui de son mari et de ses enfants. |
Pensez-vous qu’un jour elle verra le film ?
Je pense qu’un jour peut-être, elle le regardera par curiosité. Son sujet premier est la démocratie dans son pays et non le cinéma. Elle doit être ravie qu’on mette de la lumière sur son pays et sur elle.
Comment avez vous vécu la libération de Aung San Suu Kyi ?
C’était d’abord un grand moment de bonheur, c’est ce qu’on souhaitait plus que tout, mais je ne pensais pas qu’ils la laisseraient sortir. Et en même temps, j’ai eu un petit moment de désarroi, on se demande si on continue le film maintenant qu’elle est dehors. Mais ça n’a pas duré longtemps parce que son parti politique a été dissout, elle n’a pas le droit de parler dans un meeting de plus de cinq personnes, elle n’a pas le droit de faire de politique et si elle quitte le pays ils ne la laisseront jamais revenir. Donc, sa liberté consiste à pouvoir tourner autour de chez elle...
J’ai lu que Bono et Barack Obama voient en elle leur héroïne moderne. Vous aussi?
C’est non seulement une héroïne mais c’est surtout un modèle, c’est la digne représentante de l’être humain.
Pensez vous que le film a changé votre manière d’être ?
Oui, ce film a été une grande leçon. Notre vie est gérée par l’argent, mais moi, à l’école on m’a appris l’égalité, la fraternité et la liberté. Ça serait bien qu’on s’en rappelle. Il y a un proverbe indien qui dit que « quand on aura coupé le dernier arbre sur terre l’Homme se rendra compte que les billets de banque ne se mangent pas. » C’est terrible parce qu’il suffirait de mettre ces trois mots en application et le monde irait sans doute mieux. On s’en écarte parce que nos modèles ne nous représentent plus. Et je préfère être représenté par une femme même si elle est Birmane et qu’elle habite à 10 000 kilomètres, que par des hommes politiques qui sont du matin au soir trempés dans des affaires douteuses…
The Lady, de Luc Besson avec Michelle Yeoh et David Thewlis, actuellement en salle.
Par Anne Berger
Photo Magali Bragard © 2011 EuropaCorp – Left Bank Pictures – France 2 Cinéma

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