Nous l'avions laissé en pleine "slow dance" lascive, à guetter la minette échouée en fin de soirée, mais Jeremy Jay a repris du poil de la bête. Le voilà de retour en grande forme, le plus francophile des artistes romantiques américains ! Si ce troisième opus, un tantinet plus électrique, se situe dans la continuité des précédents - plus de véritable effet de surprises, malheureusement -, on s'y attache avec la même ferveur, persuadés de tenir là le songwriter qui, à mi chemin entre Jonathan Richman et la pop 70's mutante des premiers Brian Eno, satisfait quelques uns de nos fantasmes les plus tenaces. (E.A.)
La nouvelle tombe parfois au détour d’une rencontre : c’est la destinée des disques d’exception que de se révéler à nous par tous les moyens qui s’offrent à eux. Ceci dit, d’être signé chez Warp, ça facilite parfois les choses, mais ce gourou d’une secte à créer, perdu au fond de sa caravane, près de Las Vegas, au cœur du Nevada, ne doit en avoir cure. Seul lui importe de poser sur la bande les fragments de sa pensée (dé)connectée : blues céleste, ethno-folk, hip hop blanc, easy listening de fonds de tiroir et punk primal. Tout y passe, un peu comme si Captain Beefheart s’enfilait le bon vieux Screeming Jay Hawkins, au détour d’une exposition vaudou, sans lui demander la permission. On pense également au Frank Zappa 60’s, aux débuts folk expérimentaux de Beck ou au Drukqs d’Aphex Twin pour le brio. Avec Dieu pour source d’inspiration, nul doute qu’on retrouve ce lunatic crucifié au firmament des artistes de légende d’une décennie qui ne fait que commencer. (E.A.)
Désormais au sommet de la hype, les MGMT semblaient voués à reproduire le hold-up d'Oracular Spectacular. Si leur premier album se basait sur l'efficacité de leurs riffs de synthés, ils font ici preuve de bien plus d'audace et de complexité. Disons-le, ce Congratulations est complètement fou : pas de réels tubes comme Time to pretend, ou Electric Feel ; non, cet album est un laboratoire, où nos deux génies expérimentent, tentent tout (et ratent parfois) ; ils se permettent même une pochette affreuse, finalement à l'image de leur musique : inattendue, réfractaire à toute tendance, et diablement psychédélique ! Ainsi, on ne s'étonnera pas qu'ils citent les Thirteenth Floor Elevator parmi leurs influences. Mais ce grand disque malade évoque aussi les Mammas and Papas, surfe en eaux troubles aux côtés des Beach Boys, et invoque l'esprit des vieux films déjantés de la Hammer, tant il semble, comme eux, hanté... (M.R.)
Bien avant Pete Yorn avec Scarlett Johansson, M. Ward avait déjà eu l’excellente – et lucrative – idée de faire chanter ses compositions par une actrice gâtée par la nature. Zooey Deschannel est certes moins connue que Scarlett, elle n’est pas moins jolie en revanche. Elle est surtout dotée d’un joli brin de voix qui convient parfaitement aux orchestrations sunshine-pop concoctées par M. Ward. Nous l’avions constaté avec bonheur sur Volume One, publié en 2008, avec 13 chansons vintage pour autant de tubes. Aujourd’hui, ils réitèrent cette performance de haut vol avec des mélodies acidulées qui rappellent toujours autant les Ronettes, mais qui sont cette fois-ci toutes écrites par Zooey. (T.L.)
Quel chemin parcouru par Kieran Hebdan depuis ses premières expériences en tant que guitariste au sein du groupe post-rock londonien Fridge ! Avec un sens inné de la déconstruction mesurée, cet artiste incomparable impose une electronica pleine de sensualité, délicate et en rupture permanente, comme une évidence esthétique. Il le niera sans doute lui-même, mais il se situe clairement comme le digne héritier des pionniers afro-jazz des années 70, Pharoah Sanders ou Sun Ra, tout en lorgnant du côté de musiques plus conceptuelles et minimales. (E.A.)
Décidément, la scène de Brooklyn nous livre aujourd’hui ses plus beaux fleurons. Nous attendions avec une certaine impatience le second album de Yeasayer, un quartet dont on avait pu apprécier en 2008, aussi bien sur scène que sur disque, l’étonnant esprit d’aventure. Dès la première écoute, Odd Blood confirme tout le bien qu’on pensait de la formation : tout en empruntant des voies plus pop, ce disque surprend par cette maîtrise d’une forme particulière de déstructuration, groovy et sexy, qui joue sur les accumulations vocales et rythmiques. On retrouve ici tout ce qui a fait l’essence de l’avant-garde des années 70, celle de Brian Eno notamment, avec cette recherche d’un son qui puise sa source dans l’électronique et les musiques du monde, tout en s’inscrivant dans la lignée des grands compositeurs contemporains américains, John Cage, Steve Reich et bien d'autres. Quoi qu’il en soit, ils viennent de placer la barre très haut, écartant en toute humilité toutes les tentatives psychédéliques récentes de la weird american scene. Leurs amis de MGMT, dont l’album Congratulations sort le 12 avril, doivent relever le challenge. La compétition – dans ce cas-là, on parlera d’émulation réciproque ! – est engagée. (E.A.)
Les cassettes sont-elles notre mémoire ? Il faut croire que celles de Dayve Hawk alias Memory Tapes, étrange producteur et remixeur de Philadelphie, renferment une partie de ce nous avions presque occulté des années 80 : derrière une electronica très élégante, ressurgissent des sonorités occultées, qui ont fait le charme de bon nombre de groupes aériens du début des années 80, ceux de la Factory bien sûr, mais aussi des Disques du Crépuscule, avec cette touche de disco blanche, bancale, si propre à ceux qui aimeraient s’engager dans la danse sans y parvenir. (E.A.)
« Austère, spartiate, simplifiée », c’est ainsi que Robert Del Naja, 3D pour les intimes, qualifie la dernière production de son groupe Massive Attack. Les deux premiers adjectifs étant la marque de fabrique du duo, inutile de revenir dessus, Heligoland est sombre, mystérieux et léger. Mais après 7 ans d’absence, il ne fallait surtout pas rater ce retour. L'orchestration est riche, envoûtante parfois, et les rythmes nous entraînent loin, notamment dans Splitting The Atom et Girls I love You avec Horace Andy. Damon Albarn, le chanteur de Blur et de Gorillaz, figure également dans la liste des invités de cet album très réussi. (N.B.)
Il est amusant de constater que sur les vestes des amis, les vieux badges de Joy Division sont parfois remplacés par un badge discret de Buddy Holly. Ceci dit, rien d’étonnant à cela : plus de cinquante ans après sa disparition, le mythe du Texan qui a influencé les Beatles, les Talking Heads, Elvis Costello et bon nombre de groupes actuels, reste intact. En 6 CD, le label Hip’O Select publie l’intégralité des enregistrements studio, avec un travail tout à fait exceptionnel sur le son qui restitue à sa juste valeur l’incroyable modernité de ce pionnier de la pop. L’objet sublime constitue une documentation rêvée dont les collectionneurs vont rapidement s’arracher les 7000 exemplaires en circulation. À se procurer au plus vite ! (E.A.)
Buddy Holly, The Complet Studio Recordings and more – Hip'O Select
Les Feelies restent une énigme de l’histoire du rock. Originaires de la ville d’Hoboken, dans le New Jersey, ils comptent parmi les formations les plus brillantes de leur génération. Élevés au Velvet Underground et aux Modern Lovers, ils ont traversé les années 80 avec une poignée de disques qui a marqué l’époque, tout en restant d’une très grande confidentialité. Domino réédite Crazy Rhythms (1980), un disque phare classé parmi les 50 meilleurs albums de la décennie, mais aussi et surtout The Good Earth, complètement occulté au moment de sa sortie en 1986, et indisponible depuis. La tension rythmique, ainsi que la profonde mélancolie, qui se dégagent de ce disque produit par Peter Buck de R.E.M., le situent clairement comme la pierre angulaire de la production musicale de la Côte Est, à mi-chemin entre les tentatives avant-gardistes des années 60 et une forme de pop céleste, qui ouvre la voie à Yo La Tengo, aux Strokes et aux très séduisants Drums. (E.A.)
La vie ne serait qu’un éternel recommencement, mais quoi de plus troublant que de redécouvrir en une poignée de chansons l’esthétique exigeante, demeurée intacte, des groupes arty de la fin des années 80. Ce quartet formé en Floride, mais basé désormais à New York emprunte à Wire ou à Felt ce sens d’une pop mesurée, élégante et distante. Avec une grande d’intelligence, il puise dans le surf des années 50 ce brin de fantaisie qui le distingue, comme c’est le cas sur l’entêtant Let’s Go Surfing, hit inclassable et déjà intemporel découvert sur la dernière compilation de la maison Kitsuné. (E.A.)